On pensait que les Français prendraient leur temps : force est de constater que, depuis les premiers émois des élus jusqu’au vote de la loi Copé-Zimmermann sur la parité homme-femme au sein des conseils d’administration, le sujet n’a pas laissé de marbre nos fleurons nationaux. Et les plus gros sont finalement ceux qui ont le plus vite réagi, les entreprises du CAC 40 affichant, à ce jour, les plus importants taux de féminisation par rapport à un panel plus élargi, selon l’étude Ethics & Boards, que nous publions par ailleurs. La preuve que le vivier féminin ne demandait qu’à prendre du service, contrairement aux allégations de certains, persuadés que si les conseils français étaient très masculins, c’était surtout en raison d’un manque cruel de candidates du “deuxième sexe”.

Mais ces statistiques, en apparence prometteuses pour un meilleur équilibre de ces instances hautement stratégiques, cachent, comme bien souvent, une réalité moins rose. Car ces nouveaux éléments féminins sont, pour l’essentiel, soit des représentants des salariés, soit des salariés actionnaires. Ils ont, certes, autant de pouvoir que tout autre et ce choix permet aussi d’aborder la question de la place de la femme dans l’entreprise. Cela étant, ces administratrices sont davantage sélectionnées pour leur qualité statutaire que professionnelle. Ce que l’on peut encore déplorer. A quand des instances dirigeantes où les femmes n’auront pas à démontrer qu’elles sont deux fois meilleures que les hommes pour pouvoir briguer les plus hauts postes ? En attendant, les modes de gouvernance sont en pleine révolution et les femmes ont tout à y gagner, elles qui monopolisent aujourd’hui les places de major à la sortie de toutes les grandes écoles. Les pays émergents l’ont bien compris qui nomment déjà à la tête de nombreuses entreprises des femmes dotées d’une extraordinaire pugnacité.

Par Pascale Besses-Boumard, rédactrice en chef à La Tribune.
Source : La Tribune.fr