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A l’occasion de la conférence « Les femmes au conseil d’administration : ça change quoi ? » organisée par l’Association France-Amérique le 26 septembre 2011, la profession comptable a été particulièrement bien représentée.

Isabelle de KERVILLER, expert-comptable, membre du CESE est intervenue sur la première table ronde portant sur les nouvelles contraintes imposées par la loi Copé/Zimmermann. Monique MILLOT-PERNIN, expert-comptable, conseiller général et présidente du Comité d’Audit de la Banque de France et Agnès BRICARD, présidente du Conseil Supérieur de l’Ordre  des Experts-Comptables et de l’Association des Femmes Diplômées d’Expertise Comptable Administrateurs sont intervenues sur les opportunités de la présente loi.

Parmi les invités d’exception, on pouvait noter la présence de Jean-François COPE, Député Maire de Meaux qui a ouvert cet évènement, mais aussi d’Agnès ARCIER, présidente de l’ADETEF ; de Vivianne de BEAUFORT, Professeur de droit et directeur du programme «  entreprendre au féminin » à l’ESSEC Business School, de Dominique de LA GARANDERIE, ancien Bâtonnier de Paris, de Mireille FAUGERE, Directrice de l’APHP et de Brigitte LONGUET, avocate et Présidente de femmes AAA+.

Compte-rendu des débats :

Un homme entouré de femmes. Jean-François Copé, secrétaire général de L’UMP, est invité à prendre la parole en premier, dans les salons lambrissés de l’Avenue Franklin Roosevelt, devant un parterre essentiellement féminin venu assister à la conférence. Celui qui a prêté son nom à la loi «Copé-Zimmermann », votée en janvier 2010 et qui impose la parité à 40% en 2016 dans les conseils d’administration, évoque les difficultés rencontrées pour la faire adopter : « Cette loi a été un combat de chaque jour, tant les résistances étaient fortes. C’est sans doute l’engagement dont je suis le plus fier, celui d’être au service des femmes. Vous savez, on mesure le degré d’une société à la place réservée aux femmes et cette loi est un indicateur majeur de modernité. » Puis il revient sur certaines réticences masculines : « Je me souviens que, lorsque j’ai fait part à mes collèges de l’Assemblée nationale de mon souhait d’aider la député Marie-Josée Zimmermann dans son action, beaucoup d’yeux se sont levés au ciel. » Et d’ajouter en plaisantant : « Je me suis dit, mais où est donc ce ciel, tant il a l’air haut ? »

« Alors, j’ai sorti l’argument choc : le président lui-même l’avait mentionné dans son programme… Il est toujours utile de garder le dossier engagement à porter de main. » La salle rit de bon cœur. Jean-François Copé a séduit l’assemblée en quelques minutes. « C’est à présent aux hommes de s’emparer de ce fer de lance que sont les femmes, notamment dans les conseils d’administration. Surtout dans une période de crise, lorsque l’on recherche une nouvelle forme d’identité », reprend-il plus sérieusement.

Parmi les femmes participant au débat, Isabelle de Kerviler, expert-comptable et ancienne conseillère d’Alain Juppé : « La France est un des seuls pays à avoir légiféré en la matière, cette loi, a été un choc. Je pense qu’il faut faire évoluer les mentalités par la contrainte, comme l’avait dit François Fillon », rappelle-t-elle. « Je pense que le principal apport des femmes, c’est d’être plus concrètes, plus pragmatiques du fait de concilier vie professionnelle et familiale. » conclut-elle.

Mireille Fougères, première femme nommée directrice de la gare Montparnasse en 1991, aujourd’hui directrice générale de l’Assistance Publique –Hôpitaux de Paris évoque, quant à elle, la nécessité de ne pas être seule dans un conseil d’administration. « C’est pénible d’être la suffragette. J’ai été toute seule au conseil d’administration d’EDF. Les regards que l’on porte sur vous sont plus souvent distinctifs et donc gênants. On se sent mieux lorsque l’on est deux ou trois. Il faut continuer ce combat. Un conseil d’administration où il n’y a que des hommes ne ressemble ni à ses clients ni à ses salariés. Mais c’est vrai que l’on souffre peut-être encore trop d’un complexe d’infériorité. Il faut revendiquer nos ambitions et ne pas avoir peur des luttes de pouvoir et de territoire. Il nous faut aller aussi sur ces terrains-là. »

Agnès Bricard, présidente de l’Ordre des experts comptables, enfonce le clou : « Pour le moment, rien n’a vraiment changé. Soyons réalistes, on cherche encore les recteurs qui soient des femmes ! Chez les experts comptables, c’est la première fois qu’une femme est à la tête de l’Ordre. Mais lorsque j’ai décidé de changer de syndicat pour devenir présidente, que n’a-t-on pas dit sur moi ! Aujourd’hui, Je pense qu’Il faut œuvrer tous ensemble, rester vigilants pour faire appliquer ces quotas, qui disparaîtront naturellement dans plusieurs années. C’est dans ce but que j’ai créé une association des femmes experts-comptables qui a un an d’existence. Elles sont aujourd’hui 1 300 à en faire partie. Nous travaillons, entre autres, sur l’idée de proposer aux femmes des passerelles de retour pour réintégrer plus facilement la profession. »

3 témoignages :

« Pourquoi parler de diversité ? Ce n’est que justice et normal que les femmes siègent dans les conseils »

Mireille Faugère, directrice générale Assistance Publique -Hôpitaux de Paris

« Il y a 20 ans, les problèmes d’inégalité entre hommes et femmes, c’était une question humiliante. Aujourd’hui, elle est nécessaire. J’espère que, dans 20 ans, on pourra arrêter de se la poser. Mais cela ne s’impose pas de soi et c’est pour cela que les lois doivent être appliquées. Il ne faut pas que l’on doute de nos compétences, sinon rien ne changera. Et arrêtons de parler de diversité. Ce n’est que justice et normal que les femmes siègent dans les conseils »

« Ces témoignages de femmes qui ont réussi m’ont donné la motivation pour continuer ce combat »

Marie-Claude Sivagnanam, 31 ans, responsable de mission au conseil général du Val-d’Oise

« Cette réunion a accentué ma motivation. Aujourd’hui, je vais faire partie des 12 élus du bureau de l’association des administrateurs territoriaux. Alors, voir des femmes engagées, qui ont une telle énergie, pour faire avancer l’égalité homme – femme, cela aide. Et puis, découvrir que ce thème est partagé par d’autres milieux professionnels, c’est encourageant. Si j’ai eu envie de prendre la parole, lors du débat, c’est lorsque Brigitte Longuet a expliqué que cela se ferait naturellement, l’égalité homme -femme, avec la nouvelle génération. Je ne suis pas d’accord. Nous sommes choquées de la différence de traitement aujourd’hui entre homme et femme, certes, mais il y a toujours des barrières et il reste beaucoup à faire pour les abattre. »

« Il faut que le management public fasse des progrès »

Agnès Arcier, présidente d’ADETEF, agence publique de coopération technique

« Il n’y a aucune raison objective à ce que l’établissement public soit écarté de la loi Copé-Zimmermann, ce qui est le cas aujourd’hui. Il y a d’ailleurs eu un amendement du Sénat à ce sujet, et il faut revenir sur le sujet. Pour moi, il y a un lien évident entre cette mise à l’écart et la réforme du management public qui a du mal à aller jusqu’à son terme. Pour y arriver, il faut que des femmes puissent accéder à des postes élevés dans la fonction publique. »

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